Un outil d’aide à la parentalité, la théorie de l’attachement

31 Mai 2020

Une mère et sont fils font un câlin
L’une des grandes découvertes du XXème siècle en psychologie est celle de la théorie de l’attachement. Décrite par le pédopsychiatre anglais John Bowlby, cette théorie propose que parmi les grands besoins primaires nous permettant de nous développer, existe un besoin spécifique d’attachement, besoin qui a longtemps été sous-évalué.

Dans un contexte d’après-guerre mondial, J. Bowlby a voulu comprendre les enjeux du développement affectif et social des enfants en orphelinat. Les travaux ont démontrés d’importantes carences psychologiques et intellectuelles chez ces enfants malgré les soins physiques de bases.

Qui sont les figures d’attachement ?

Dans la théorie de Bowlby, les interactions précoces de l’enfant avec sa mère vont modeler une grande partie de sa vie relationnelle future. L’enfant nait sans représentation de lui, des autres ou du monde. Les premières interactions avec la première figure d’attachement à savoir la mère ou le père, vont lui permettre de se construire des représentations du monde. Bowlby modélise l’interaction avec le parent comme une séquence de comportement à la fois de signalement et de rapprochement.Ainsi, quand le bébé pleure il « signale » son mal-être et son parent se « rapproche » pour le prendre dans les bras.

De ce fait, la répétition de ces séquences comportementales permet à l’enfant de se construire des modèles internes anticipant les relations avec le monde externe. Ces modèles sont à l’origine des différents types d’attachement, ces derniers auront un impact sur le développement de l’enfant.

La métaphore du porte avion

Pour bien comprendre cette théorie de l’attachement, la métaphore du porte-avion, notion portée également par John Bowlby, est traditionnellement utilisée pour l’illustrer. La maman est comme un porte avion, l’enfant a besoin de savoir qu’il peut remplir son réservoir de carburant ou son « réservoir d’amour » (Isabelle Filliozat).
Par exemple l’enfant est calme à la crèche ou avec sa grand mère… puis, quand il voit sa figure d’attachement il pleure ou hurle. Dans ce cas essayez d’accueillir ses émotions car ce n’est pas un caprice, l’enfant a été sous tension toute la journée et il peut enfin s’en libérer auprès de vous : son système d’attachement est enclenché, il a donc besoin de proximité pour se rassurer et pour que son alarme s’éteigne.

Quels sont les types d’attachement ?

Bowlby (1989) identifie ainsi trois schémas d’attachement :

– Les sécures : ce sont des enfants qui ont développé la certitude et la confiance que leurs signaux de détresse seront entendus, compris et recevront une réponse rapide et adéquate. Ils savent qu’en cas de difficulté, un adulte (leur parent) leur viendra en aide et que cette aide sera rapide, efficace et adaptée. Ce sentiment de confiance leur permet d’intérioriser une base de sécurité à partir de laquelle ils iront explorer le monde, apprendre, découvrir et qui leur permettra une authentique capacité d’autonomie. A chaque séparation l’enfant pourra puiser  dans la sécurité intérieure que lui apporte sa figure d’attachement pour être capable de surmonter sa peur, il lui faudra bien évidement une phase d’adaptation (en cas de nouveau mode de garde par exemple) mais il trouvera les ressources nécessaires pour s’adapter plus facilement, on parle alors de sécurité émotionnelle. Ce type d’attachement qui représente environ 65% des enfants est associé dans la recherche à de meilleures compétences sociales et scolaires.

Les insécures évitants : ce sont des enfants qui ont appris que pour maintenir la proximité avec leur figure d’attachement, ils devaient minimiser leurs signaux d’attachement et de détresse. Ils ne semblent pas affectés par le départ de leur figure d’attachement, ni plus intéressés par son retour. Ce sont des enfants qui ont éteint leur système d’attachement et qui semblent très autonomes. Ils ont l’air de ne pas avoir besoin qu’on les réconforte lors d’une séparation et/ou au moment des retrouvailles. Ils apparaissent se débrouiller très bien tout seuls, notamment en surinvestissant l’exploration. Cependant la recherche a montré que, lors d’une séparation d’avec leur mère au cours de la situation dite étrange : par exemple l’enfant est en présence de sa figure d’attachement puis une personne non familière entre dans la pièce, si sa figure d’attachement quitte la pièce on note un taux plus élevé d’hormones du stress dans la salive de l’enfant.

Les insécures ambivalents/résistants : ce sont des enfants qui ont développé pour stratégie d’attachement une hyperactivation de leur système d’attachement avec une accentuation de leurs signaux. En cas de besoin ils ne sont jamais sûrs de recevoir une réponse adaptée, l’insécurité vient de l’absence de constance. Ces enfants auront une faible sécurité émotionnelle. Lors de retrouvailles après séparation, ils apparaissent souvent inconsolables, même par leur mère, et en colère.

Le type d’attachement que l’enfant va développer dépendra en grande partie du type de soins qu’il recevra pendant la première année de sa vie, et sera modulée par son tempérament et les évènements de vie, facteur de stress, etc. Appartenir à un certain type d’attachement n’est pas une fatalité en soi car il existe une multitude d’autres facteurs qui influencent la qualité des relations à l’âge adulte.

Ce qui construit ou renforce le lien d’attachement

Une bonne relation va dépendre de la disponibilité de la mère et de sa sensibilité envers son enfant. Il ne faut pas négliger l’importance du contact corporel, qui est essentiel : portage, massage, cododo, allaitement ou biberon donné avec échanges de regard… Ce n’est pas pour autant qu’il faut consacrer tout son temps à son enfant, bien au contraire. Comme le décrivait le psychanalyste Winnicot, c’est important que la mère soit « suffisamment bonne » : ainsi pour favoriser une relation harmonieuse, la mère doit être capable de donner de l’amour tout en ayant d’autres centres d’intérêt. Son univers ne doit pas tourner uniquement autour de l’enfant. Elle doit le considérer comme un être distinct d’elle, qui va vivre sa vie propre et deviendra autonome, petit à petit.
Enfin une relation peut se rétablir à travers le jeu symbolique, des rencontres en groupe autour d’une activité sensorielle : massage bébé ou peinture pour les plus grands. Il est également important de se tourner vers son partenaire ou vers un soignant si nécessaire.

Pour les parents qui souhaitent aller plus loin, je vous conseille la lecture de ce livre sur la sécurité émotionnelle de l’enfant. Il vous apportera une aide précieuse pour comprendre, appliquer et alimenter ce besoin. Il est aussi complet et très clair.

La sécurité émotionnelle de l'enfant

écrit par le Docteur Anne Raynaud, fondatrice de l’Institut de la Parentalité

Couverture du livre La sécurité émotionnelle de l'enfant

Dalila Pilot Hammoud psychologue clinicienne

Article rédigé par Dalila Pilot Hammoud, Psychologue Clinicienne, spécialisée en périnatalité, guidance parentale, enfance et adolescence.

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