Parler du Coronavirus Covid19 à nos enfants

par Mar 15, 2020

A l’heure où nous traversons une crise sanitaire sans précédent et où nous devons faire face à une nouvelle organisation de notre quotidien, nos enfants, même s’ils ne sont pas touchés par le virus du Covid19 au moment où nous écrivons cet article, constituent néanmoins les victimes collatérales de cette pandémie.

Entre fermeture des écoles et des lieux publics, et informations anxiogènes qui nous martèlent les oreilles à longueur de journée, notre rôle protecteur et rassurant, en tant que parent, n’a jamais été aussi primordial.

Que leur dire, comment les rassurer, comment ne pas partager notre angoisse et accompagner au mieux leurs réactions et émotions ?

 

Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré Ophélie Ségade, psychologue et docteur en psychologie, spécialiste en psychologie de l’enfant et de l’adolescent, elle travaille à l’hôpital Necker-Enfants malades et en libéral.

Pourquoi est-il important de parler du Coronavirus à nos enfants ?

Avec les actualités récentes, la majorité des enfants ont déjà entendu parlé du coronavirus, parfois de manière claire, parfois de façon confuse voire anxiogène. Je pense qu’il est important de transmettre à nos enfants des éléments de notre réalité, qu’ils partagent avec nous, leur famille et leurs copains et copines, mais peut être pas de n’importe quelle manière, en tout cas, pas comme on le ferait avec un adulte. Les enfants ne sont pas de petits adultes, capables de tout entendre et comprendre et il me semble qu’il faut adapter le discours à chaque âge.

À partir de quel âge en parler ?

Dès qu’il vous semble important de faire comprendre à votre enfant ce qu’il se passe autour de lui et surtout si votre état émotionnel est modifié.
Pour un petit en crèche, il n’est pas nécessaire de rentrer dans les détails, sauf si vous êtes inquiets et dans ce cas, il apparaît important de le rassurer avec des phrases claires « maman est inquiète en ce moment mais toi ne te fais pas de soucis, tout va bientôt rentrer dans l’ordre ». Ou « papa se fait du soucis pour son travail, toi ne t’inquiète pas »
Les enfants vont de toute façon être rassurés par votre présence, c’est peut être seulement sur votre inquiétude qu’il faut mettre des mots.
Pour les maternelles, je pense que des phrases simples expliquant le coronavirus peuvent amplement suffire. Que c’est un virus qui se transmet facilement et qu’il faut bien se laver les mains souvent et tousser dans son coude. Que c’est une maladie contre laquelle tout le monde se protège en ce moment et que ça va passer.
Pour les plus grands, je pense aussi qu’il faut répondre aux questions sans dramatiser. Donner une perspective aux événements peut aussi aider. « Normalement cet été tout sera terminé. »
Globalement si vous parvenez à ne pas vous laisser emporter par la panique, vos enfants ne le seront pas non plus.

Que doit on leur dire ou éviter de leur dire ?

Je pense que dramatiser n’est pas la bonne solution, ni les inquiéter pour leur « faire comprendre ». Ils n’ont pas besoin de tout savoir (les chiffres, la fragilité de papi et mamie etc.).
Et restons positifs, cette période ne sera que transitoire !

Comment leur expliquer la fermeture des écoles ?

Je pense que l’idée de prévention est bien comprise par les enfants : « On ne peut plus aller à l’école car on est en train de tous se protéger ». « Comme ça, la maladie ne peut pas se propager. »
Les rendre acteurs de cette prévention à travers le fait de ne plus aller à l’école les rends forts et actifs pour combattre le coronavirus. Finalement les enfants sont des super-héros (et pas de dangereux porteurs sains !)

Quelles sont les réactions à anticiper ?

Les questions pièges ! Les enfants vont nous surprendre ! Certainement des questions sur la mort et la maladie en général auxquelles on peut se préparer.

Comment réagir face à leur stress potentiel et/ou leur angoisse ? Et particulièrement s’ils sont en année d’examens (bac, brevet, etc.) ?

Il s’organise de nombreuses plateformes en ligne pour pouvoir continuer à travailler le bac et le brevet. Nos enfants connectés vont pouvoir avancer et rester en contact avec leurs amis !
Je pense que nous allons aussi rencontrer beaucoup d’entraide et de solidarité.

J’ai rencontré quelques enfants et adolescents qui présentaient une anxiété majeure sur ce thème. Dans ce cas et si vos réassurances et vos réconforts ne suffisent pas, il ne faut pas hésiter à aller consulter un psychologue, qui soit habilité par le collège national des psychologues à recevoir les patients pendant cette période de troubles.

Comment ne pas leur transmettre notre angoisse  ?

Voilà une bonne question ! Là aussi je pense que c’est le nerf de la guerreil faut adapter notre discours à nos enfants qui ne sont ni nos confidents ni nos amis. Je pense qu’être soutenus, même à distance par nos propres amis et notre famille va beaucoup aider. Il se partage déjà beaucoup d’humour et de solidarité. Il faut que ça dure !

Comment gérer leur déception /tristesse face à des événements annulés ?

Comme toute déception et frustration, avec de la tendresse et de la fermeté. C’est malheureusement une situation dont nous allons tous pâtir mais qui va laisser la place à plus de disponibilité des parents vis à vis des enfants, de nouvelles perspectives d’échanges et de jeux (il va falloir être créatifs! )
Je pense qu’il faut garder en tête que cette mesure est temporaire et que les événements ratés vont pour la plupart être reportés.
Enfin la tristesse et la frustration font aussi partie de la vie, voilà des expériences qui sont à accompagner mais pas non plus à empêcher. Nos enfants vont grandir…

Comment gérer le manque/l’éloignement des copains ?

Finalement vous ne vous posez pas la question lorsque les enfants partent deux mois en vacances… là c’est pareil, ils vont continuer à apprendre et à jouer – certes ils n’y aura plus foot, ni danse – mais là encore ce n’est qu’une étape pour un horizon meilleur.
Rien n’empêche des conversations en visio, voire mieux, des échanges de lettres ! Nous allons devoir être créatifs pour traverser cette étape mais je pense qu’il ne faut pas se laisser abattre, vos enfants seront ravis de toutes les nouvelles modalités joyeuses que vous pourrez leur proposer.
L’essentiel il me semble c’est que les adultes puissent trouver des ressources affectives et du soutien pour ne pas se décourager.

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