Les adolescents et les écrans

par Mai 10, 2020

Adolescents assis avec smartphone

Un adolescent de 13 à 19 ans surfe en moyenne 15h11 par semaine sur Internet (source Junior Connect 2018, ISOS). Une autre étude (le 15e Baromètre de la santé visuelle ASNAV) nous dit que les 16-24 ans passent quotidiennement 3h30 sur leur smartphone et 2h47 sur un ordinateur, soit plus de 6h par jour sur un écran.

Les parents, à la fois inquiets et démunis face à la place de plus en plus centrale des écrans dans la vie de leurs adolescents, ont également conscience qu’il serait illusoire de s’y opposer car les écrans sont omniprésents dans notre quotidien ainsi que dans celui de nos enfants.

De plus, le confinement nous a forcément contraint de revoir les grands principes qu’on s’imposait quant à cet usage des écrans. Entre télétravail des parents, square et parcs fermés, il a bien fallu trouver des moyens d’occuper notre progéniture (qu’aurions-nous fait sans une petite pause Netflix de temps en temps ?), sans compter l’école à la maison réalisée en grande partie par visio-conférence par les profs des nos collégiens et lycéens.

Force a été de constater que lorsqu’ils sont bien utilisés les écrans constituent une formidable opportunité pour les jeunes d’apprendre, de former leur esprit et leur intelligence, voire même de construire leur individualité et développer leurs relations sociales (merci les Dieux Facebook, Instagram et Tiktok).

Cette place centrale qu’occupent les écrans dans la vie de nos ados est-elle aussi grave qu’on le pense ?

Quels sont ses impacts psychologiques et physiques ? Comment accompagner les adolescents vers un usage raisonnable et surtout comment détecter et agir face à une potentielle addiction ?

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Entre usage raisonnable, nécessité d’utilisation et potentielle addiction, nous avons demandé à Stéphane Lhuillier-Colombani, Coach personnel d’adolescents et jeunes adultes, practicienne en psychopédagogie positive et sophrologue de nous éclairer sur ce vaste et épineux sujet.

De manière générale, quel est l’impact psychique et physique d’une sur-exposition aux écrans ?

Un mauvais usage des écrans ou alors un usage trop important peut effectivement avoir des conséquences importantes, aussi bien physiologiques que psychiques.

Les écrans impactent le sommeil quantitativement et qualitativement à cause de la fameuse lumière bleue : difficultés à s’endormir, réveil nocturne, difficulté à se lever… Une des principales recommandations que je fais est d’éviter les écrans (tous types d’écran confondus) 1h30 avant de dormir !
Mal dormir ou ne pas dormir suffisamment a des conséquences sur la mémorisation, l’attention et la concentration … et donc la scolarité. 40 % des jeunes dormiraient moins de sept heures par nuit alors que la durée de sommeil recommandée est de 8 heures par nuit à l’adolescence. Certaines études montrent également un lien entre l’usage excessif d’écrans et le risque accru d’avoir une alimentation déstructurée, trop riche en sucre notamment.

De manière plus basique, les écrans ont un impact sur la vue : fatigue visuelle, yeux secs, mal de tête … La moitié des jeunes de 16-24 ans se plaint de fatigue visuelle, mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont consulter un ophtalmo !

Pour le côté psychique, certaines études montrent un lien entre hyper-connexion et mal-être voire la dépression chez les ados mais elles sont encore très débattues.
En revanche, le téléphone joue un peu le rôle de doudou pour les grands (ados et adultes) : le téléphone et Internet sont utilisés pour calmer l’anxiété, se distraire quand on a une émotion désagréable ou juste apaiser ses peurs (peur d’être seul.e, peur de l’ennui, peur de l’incertitude …). Là encore tout est OK tant que c’est mesuré et maîtrisé.

Mais l’impact psychique vient aussi du contenu lui-même. Cela joue un rôle sur le vécu de nos ados, leurs ressentis et leurs émotions. Je pense notamment à la violence de certains jeux vidéos, celle de certains messages publiés sur Internet, le caractère pornographique de certains contenus regardés ou partagés par nos ados … Le contenu même de ce qu’ils regardent, plus ou moins volontairement d’ailleurs, peut avoir des incidences sur l’estime de soi. Et c’est là qu’il faut être vigilant en tant que parents !

Cette génération est ultra connectée et les écrans omniprésents dans notre quotidien, comment guider les adolescents vers une consommation “responsable” et modérée des écrans sans leur couper de leur vie sociale ou des tendances de consommation ?

Les écrans et Internet sont omniprésents et leur utilité n’est plus à démontrer.
Mais il convient d’en user avec mesure, ce qui peut et devrait s’apprendre, grâce à la pratique.

Tout l’enjeu est effectivement cette consommation responsable et raisonnable des écrans. Mais le « raisonnable » des parents n’est pas forcément le « raisonnable » des ados. L’idée n’est pas de les éloigner des écrans, mais d’intégrer les écrans à nos pratiques quotidiennes tout en gardant le contrôle sur leur utilisation. Il s’agit pour les parents de guider les ados pour qu’ils aient un usage le plus raisonnable et raisonné possible des écrans.

Mais comment les guider ? Les parents sont souvent démunis sur la question des écrans et la question des écrans devient rapidement un sujet de débat et de conflits avec leur ado.

Voilà quelques idées pour aider vos ados à avoir un rapport plus mesuré aux écrans :

  • La première chose : le dialogue. Demandez par exemple à voir leurs jeux sur ordinateur, leurs activités en ligne, leurs sites et applis favoris, et demandez-leur ce qu’ils aiment, ce qu’ils y trouvent, ce qui les attire … Voire jouez avec eux si c’est un jeu vidéo ! L’idée étant aussi de les sensibiliser aux écrans (et surtout à Internet) et ses éventuels dangers, pourquoi ne pas faire faire à votre ado des recherches sur la lumière bleue, la pollution électromagnétique, les données personnelles, les fake news… L’idée à faire passer c’est qu’Internet est une énorme source de connaissances et un super outil de communication mais qu’on n’a pas le droit de tout faire. Il faut savoir conserver son libre-arbitre et son sens critique. Sensibiliser les ados sur la portée des informations véhiculées sur Internet peut être une bonne idée. Pensez à l’impact que peut avoir un pouce levé face à un commentaire négatif sur un copain ! Ou alors leur apprendre à vérifier les informations et ne pas croire à tout ce qu’ils lisent, même si ça vient de leur meilleur copain.
  • La définition de règles et de limites, si c’est sous la forme d’un contrat c’est encore mieux ! Temps passé devant les écrans, contenus autorisés et ceux strictement interdits, l’heure à laquelle ils doivent cesser toute activité impliquant un écran (même la télé !). Vous pouvez imaginer un contrat ensemble en y mettant ce qui est important pour vous (notes à l’école, devoirs faits, les usages autorisés) en tenant compte également de son avis. Plus il sera partie prenante à ce contrat, plus le contrat aura de chance d’être respecté et votre ado responsabilisé.
    Mais ces règles ne tiendront que si vous-même montrez l’exemple… Interrogez-vous vous aussi sur votre rapport aux écrans et la place qu’ils prennent. L’éducation passe par l’exemple que nous donnons à nos enfants, y compris en matière d’écrans.
  • Instaurer des moments familiaux pendant lesquels il n’y a pas d’écran. Au minimum les repas doivent être pris ensemble et sans écran (même pas la télé en arrière-fond).

Comment gérer le confinement et le temps d’exposition aux écrans, surtout avec l’éloignement physique des amis et les cours en ligne ?

Le confinement accentue la problématique des écrans mais ne la change pas non plus fondamentalement. D’un usage très récréatif, les écrans sont devenus pour les ados un support « professionnel » puisque les écrans sont le lien avec les profs, avec les cours …

Mais l’enjeu pour les parents reste le même : accompagner les ados dans leur usage d’Internet tout en s’adaptant à cette situation inédite !
On assouplit les règles mais les règles fondamentales restent non négociables : pas d’écran pendant les repas, on arrête les écrans 1h30 avant de dormir, les sites interdits en temps normal restent interdits…

On alterne des temps de travail et des temps de récréation (avec et sans écran).
Assouplir n’est pas enlever le cadre. Les ados ont besoin de ce cadre pour se sentir en sécurité et pouvoir s’y confronter.
Les écrans leur permettent de garder un lien avec leurs amis, avec leur prof, de garder un semblant de vie sociale très importante à cet âge.
Là encore discutez-en avec votre ado sans non plus être intrusif et essayez de trouver un compromis dans lequel vous êtes tous gagnants.

Quand s’inquiéter et comment identifier un comportement anormal, signe d’une potentielle addiction ?

Plusieurs choses peuvent alerter les parents. Le temps passé est loin d’être le seul critère à prendre en compte. La difficulté à déconnecter, à lâcher son écran peut être un signe d’alerte.

D’autres comportements peuvent questionner : s’il se replie sur lui-même, qu’il ne voit plus ses copains, qu’il laisse de côté les activités qu’il aimait faire (sport, musique …), la baisse des résultats scolaires, le fait de moins participer à la vie familiale et bien sûr son sommeil (et sa fatigue)…

Bref il y a plein de signaux qui peuvent alerter quant à une éventuelle addiction.

Comment réagir en tant que parent ou proche ?

Si l’on intervient suffisamment tôt, rien n’est irréversible à cet âge !

La première chose à faire là encore est de dialoguer avec votre enfant et de maintenir le lien. L’idée est de lui faire prendre conscience progressivement qu’il est peut-être allé trop loin dans sa pratique. Profitez-en pour lui demander ce qu’il en pense et comment il vit la situation. Ecoutez-le et peut-être découvrirez vous quel besoin se cache derrière cet usage excessif.

Une fois le dialogue ouvert, il y a deux possibilités.

  • La première est de fixer un nouveau cadre ensemble, avec lui. Vous définirez les règles d’utilisation des écrans (les moments où il pourra se connecter et le nombre d‘heures qu’il pourra raisonnablement y consacrer …). L’idée est qu’il se responsabilise et qu’il réussisse à s’autoréguler.
  • L’autre possibilité est que vous alliez voir un spécialiste, seul, pour un premier RDV.
    Lorsque c’est pathologique l’avis et le suivi par un professionnel de santé est nécessaire.
    Ce premier RDV avec un médecin généraliste, un psychologue, un psychiatre … vous aidera à poser le problème et vous aiguillera quant à la suite du suivi.

Comment limiter ce risque d’un comportement pathologique des adolescents face aux écrans ?

Limiter ce risque passe avant tout par l’éducation et la prévention.

Pour moi, il y a deux axes principaux.
– Le premier axe est d’accompagner nos enfants dès leur plus jeune âge dans le bon usage des écrans (et cela passe aussi par donner l’exemple), l’idée est d’être à leurs côtés dans cette problématique et non contre eux. Les parents, mais aussi dans une moindre mesure l’école, ont un rôle à jouer : apprendre aux enfants à bien utiliser les écrans, tous les écrans et être garants de leur bonne utilisation.
Donner une place à l’écran mais une juste place : avec des règles et des usages adaptés à chaque âge, et des temps sans écran, des activités récréatives sans écran (sport, dessin, musique …).

Nous pouvons rappeler la règle des 3-6-9-12 de Serge Tisseron

  • pas d’écran avant 3 ans (ou le moins possible)
  • pas de console de jeux portable avant 6 ans
  • Internet après 9 ans
  • les réseaux sociaux après 12 ans

– L’autre clé, à mon avis, réside dans le dialogue en continu avec l’enfant et l’ado, pour éviter que vos enfants ne se coupent du monde réel et ne vivent que dans le virtuel.
Le dialogue permet aussi de le responsabiliser face aux écrans et à leur usage.
Les écrans ne sont et ne doivent rester qu’un outil au service de l’être humain, l’utilisation de l’outil écran ne dépend que de l’utilisateur. L’ado est le seul responsable de la manière dont il utilise l’outil. Il faut donc lui apprendre à l’employer correctement et surtout à en rester maître, et continuer à être à ses côtés dans cet apprentissage.

L’ado doit trouver des solutions pour se distraire, rompre l’ennui ou avoir une vie sociale en dehors des écrans.

Merci Stéphane pour ces précieux conseils ! Vous pouvez retrouver Stéphane et tous nos professionnel.les de la parentalité pour vous accompagner sur les questions de sommeil, alimentation, éducation, émotions, préparation à la naissance ou bien-être depuis notre page « Les professionnels« 

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