L’éducation positive : les clés pour tout comprendre

9 Juil 2020

Famille joue sur un lit

Enrayer les crises et les colères, savourer des dîners dans le calme et l’échange, profiter de couchers sans négociation, est-ce une utopie, une illusion ou un concept ? A en croire les « préceptes » de l’éducation positive, c’est possible ! Mais dans les faits, ce n’est pas si simple à appliquer au quotidien.
Ainsi depuis plusieurs années les concepts de « psychologie positive » et « éducation positive » ont le vent en poupe et intéressent aussi bien les organisations gouvernementales, les professionnels de santé et de la parentalité que les parents. De nombreux livres, blogs et discussions abordent les questions qui s’y rattachent.

Mais concrètement, est-ce simplement une de ces méthodes sans distinction devenue « mode » ou une véritable façon de penser, de comprendre et d’agir différente ?

Qu’est ce que l’éducation positive et qu’apporte-t-elle dans la vie de famille ?

Célia Berna Psychologue clinicienne

Pour répondre à nos questions et nous aiguiller sur cette alternative éducative, nous avons interrogé Célia Berna, psychologue clinicienne.

En quoi consiste l’éducation positive et d’où vient-elle ?

L’éducation positive est un courant issue de la psychologie positive. La psychologie positive est née des recherches en psychologie. Apparu dans les années 90, il porte son attention sur l’étude des phénomènes qui favorisent le bien être plutôt que sur les facteurs à l’origine des pathologies. L’idée qui est au coeur de cette pratique est de favoriser les forces, le fonctionnement optimal et les déterminants du bien-être de chaque individu.

L’éducation positive est davantage une philosophie, une façon de voir l’éducation qu’une méthode à appliquer au pied de la lettre. L’éducation positive vise la non-violence éducative, l’écoute de ses enfants et la compréhension au travers des découvertes récentes des neurosciences. Comme toute forme d’éducation, elle a pour objectif d’obtenir des comportements adaptés au fonctionnement en société mais en restant flexible et respectueuse des capacités de chaque enfant.

Qu’impliquent les découvertes des neurosciences dans l’éducation ?

Comme elle est issue du courant de la psychologie positive, l’éducation positive s’inscrit dans la tradition de la psychologie expérimentale, c’est-à-dire que les concepts qu’elle utilise ont fait l’objet de recherches scientifiques. Ces recherches sont issues de champs théoriques telles que les sciences cognitives, la psychologie ou les neurosciences. Aujourd’hui les neurosciences nous apportent beaucoup d’éléments pour comprendre le fonctionnement du cerveau et notamment celui des enfants, elles nous permettent ainsi de favoriser un contexte propice aux apprentissages et d’avoir des attentes adaptées par rapport aux comportements de l’enfant.

Quelles sont les pratiques d’éducation positive et comment les mettre en place ?

Comme l’éducation positive est plus une philosophie de l’éducation qu’une méthode, les pratiques qui en découlent ne sont pas des prescriptions mais plutôt des valeurs qui vont permettre à chaque parents/éducateurs d’adopter des pratiques qui lui conviennent. Les parents qui la pratique utilisent entre autre, l’écoute active (écoute avec empathie, sans jugement), le renforcement positif plutôt que la punition (on va souligner ce qui est positif plutôt que de mettre l’accent sur ce qui est interdit), valorisent les comportements d’autonomie, l’explication plutôt que l’interdiction, favoriser la motivation intrinsèque (qui vient de l’enfant) plutôt que la motivation extrinsèque (qui vient de “l’extérieur” de l’enfant)… Cette liste n’est pas exhaustive et inclut tout un tas de pratiques respectueuses du développement de l’enfant et qui favorisent la coopération plutôt que l’obéissance.

L’éducation positive est accessible à tous, même si nous n’avons pas tous le même bagage et nous ne partons pas tous du même endroit. Nous avons tous des automatismes qui nous ont été transmis de notre propre éducation, ces apprentissages ont été fait très précocement et sont donc très ancrés dans notre fonctionnement. Quand ces derniers sont totalement opposés aux valeurs de l’éducation positive, cela demande plus d’énergie pour déconstruire ces automatismes et en acquérir de nouveaux. Bien que la motivation au changement soit une question très importante, chaque parent a la capacité d’aller sur le chemin de l’éducation positive.

Comment introduire cette approche dans le quotidien familial ?

Certains parents/éducateurs la pratiquent spontanément sans y mettre d’étiquette, dès la naissance de leurs enfants. D’autres rencontrent des difficultés et mettent en place de petites choses progressivement. Il est difficile de changer radicalement les choses du jour au lendemain. Quand on se sent à l’aise avec les valeurs de l’éducation positive, on peut commencer par changer la plus petite chose qui a le plus de sens pour nous.

Comment convaincre ou embarquer son/sa conjoint.e dans l’adoption de ces principes éducatifs ?

Quand il s’agit d’éducation, un couple peut rencontrer un désaccord que ce soit avec l’éducation positive ou avec un autre style d’éducation. Les principes de l’éducation positive ne sont pas appliqués que dans cette pratique mais peuvent aussi être appliqués dans les relations de couple, ainsi, l’écoute active, la compréhension des besoins et des inquiétudes de son conjoint.e, l’explication, peuvent être très utiles. Aussi, l’être humain apprend beaucoup en regardant autrui, commencer doucement à appliquer ces principes permettra à son conjoint.e d’être rassuré.e et de savoir comment s’y prendre.

Quels sont les avantages et les inconvénients de cette éducation ?

Ce style éducatif favorise la construction d’une relation sereine avec ses enfants. Quand on se place à “hauteur de l’enfant” et qu’on sollicite sa coopération, l’enfant se sent valorisé, compris et sa confiance en ses capacités grandie. Cela renforce bien souvent la confiance en sa capacité à être parent. Aucun parent n’aime crier, punir ou menacer. Souvent, on le fait parce qu’on n’a pas d’autre solution et qu’on pense que c’est ce qu’il faut faire pour que son enfant grandisse en sécurité. En adoptant le style éducatif de l’éducation positive, le parent se rend compte qu’il est capable d’atteindre ses objectifs (que son enfant grandisse sereinement, en sécurité et en respectant un cadre) sans avoir à mettre des comportements qui lui sont désagréables.

Une des grosses difficultés de ce style éducatif est qu’il prend du temps et de l’énergie. L’enfant apprend dans la répétition et souvent, le parent/les éducateurs vont devoir répéter plusieurs fois les mêmes choses. Cela demande d’avoir aussi pris soin de soi et d’avoir rechargé ses batteries, pour pouvoir s’occuper de son enfant. Aussi, comme cela sous-entend de changer ses automatismes éducatifs et de changer de point de vu sur l’enfant, une bonne dose de motivation est nécessaire.

J’ai peur que mon enfant prenne trop de liberté avec cette méthode, comment faire pour être le plus juste ?

C’est l’une des plus grosses craintes des parents à qui on parle d’éducation positive : est ce que je ne vais pas être laxiste avec mon enfant ? L’éducation positive est un style éducatif et sous-entend aussi un cadre et des limites qui sont propres à chaque famille, c’est la méthode employée pour parvenir à poser ce cadre qui est différente. Aussi, j’encourage les parents à définir ce cadre de façon respectueuse de chacun des membres de la famille, c’est-à-dire qu’on va écouter son enfant et ses capacités mais on va aussi s’écouter. Je trouve que s’interroger par rapport au sens des limites imposées par le cadre peut aider. Parfois, ces limites sont arbitraires et nous les appliquons par simples automatismes ou parce qu’on manque d’informations sur le développement de l’enfant. Ensuite, quand le parent explique les limites à son enfant, il est cohérent avec lui même et l’enfant y trouve un sens.

Mais ce n’est pas toujours évident d’appliquer ces préceptes, comment ne pas culpabiliser en tant que parent ?

Dans ma pratique clinique, je trouve que la culpabilité est l’un des plus gros freins qui existe. Aujourd’hui, l’éducation positive est très vulgarisée par certains auteurs sous forme de méthodes toutes faites et de protocoles à appliquer, ces méthodes sont bien souvent très adaptées aux personnes qui les écrivent et à leurs enfants. Je rencontre souvent des parents découragés parce qu’ils se sentent en échec face à ces méthodes toutes faites, parce qu’eux ou leurs enfants sont un peu différents. Quand on commence à adopter un style éducatif parce que ses valeurs résonnent en nous et qu’on les adapte à notre style de vie sans être trop exigeant avec soi, on se sent moins en échec. Comme tout changement, le changement de style éducatif est complexe et demande de l’énergie, c’est pourquoi la motivation est un facteur important.

La vision de l’échec comme quelque chose d’irréparable et de difficile favorise aussi la culpabilité. Je pense qu’un enfant qui voit que son parent est capable de se tromper, de le reconnaître et d’apprendre de ses erreurs, favorise une vision de l’échec comme objet d’apprentissage. Le cerveau a besoin de l’erreur pour apprendre : quand je me trompe, j’apprend.

4 exemples concrets pour bien comprendre les principes de l’éducation positive

Voici quelques exemples de situations dont on peut s’inspirer en gardant à l’esprit que chaque famille et chaque situation est différente et qu’il n’y a pas une solution mais tout un éventail possible :

Le sommeil des enfants

  • Une des grandes questions que la plupart des gens posent aux parents quand ils viennent d’avoir un enfant est “est ce qu’il fait ses nuits ?”. Alors que la plupart des parents qui viennent d’avoir un nouveau né savent que son rythme de sommeil est très différent de celui d’un adulte. Une des informations que nous apportent les neurosciences est que le sommeil d’un enfant ne commence à être mature qu’aux environs de 3 ans (à savoir également qu’avant 6 ans les enfants ont souvent des rythmes très variés en terme de développement). Avant cet âge, les cycles de sommeil sont plus courts et ne sont pas décomposer en 5 phases comme celui d’un adulte. Également, quand ils naissent et pendant leurs premières années de vie, les humains ont besoin d’un accompagnement pour s’endormir, une présence rassurante afin de pouvoir progressivement apprendre à le faire de façon autonome. Aussi, vous comprendrez bien pourquoi ils réveillent leurs parents la nuit. Une fois que les parents ont compris cela et qu’ils l’ont accepté, il y a tout un panel de solutions possibles pour répondre aux besoins de son enfant durant la nuit : cela peut aller du sommeil partagé (l’enfant partage la chambre de ses parents), à l’enfant qui dort sur un matelas au sol dans sa chambre afin qu’un parent vienne le rassurer la nuit, certains enfants ont aussi simplement besoin d’une voix au travers d’un baby phone ou de l’odeur d’un tee-shirt, etc. Il peut exister une multitudes de solutions, tout va dépendre des souhaits des parents, des configurations familiales, des limites et des besoins de chacun.

L’alimentation

  • Un autre sujet qui revient souvent est l’alimentation, certains enfants vont avoir beaucoup d’appétit d’autres beaucoup moins. Une des questions que peuvent se poser les parents est “est ce que je le force à manger de peur qu’il ait faim plus tard?”. Les dernières études sur la régulation de l’appétit nous montrent qu’un enfant si il est en présence d’aliments les moins transformés possibles et qu’il est libre de réguler ses apports alimentaires depuis sa naissance (allaitement à la demande, par exemple ou éventuellement préparation infantile donnée à la demande), arrive très bien à réguler ses apports alimentaires de façon autonome. On peut également aborder la question du métabolisme, tout comme chez l’adulte, les enfants peuvent avoir un métabolisme très rapide et manger fréquemment ou un métabolisme plus lent. Aussi, vous comprendrez bien que le rythme de 3 voir 4 repas par jour est très culturel et ne correspond pas forcément à chaque enfant. Les premières années de vie, nous pouvons donc observer des enfants à qui le rythme de 3 voir 4 repas par jour convient, d’autres qui auront besoin de plus, d’autres moins. Quand on adopte un style éducatif avec les valeurs de l’éducation positive, nous allons faire confiance à l’enfant et le guider au mieux dans la perception de ses signaux de faim/rassasiement. Certains parents peuvent donc décaler les heures des repas pour la famille ou pour leurs enfants, d’autres vont proposer des repas aux “horaires classiques” et offriront la possibilité de manger des aliments les moins transformés possibles en dehors des repas, etc.

La propreté

  • Les parents se posent souvent la question de la continence également appelé “propreté”. A travers le prisme de l’éducation positive nous préférons parler de continence plutôt que de propreté puisqu’un enfant n’est pas “sale” parce qu’il porte des couches, il ne sait pas encore contrôler ses sphincters. Certaines recherches montrent que les enfants acquièrent le contrôle de leurs sphincter vers l’âge de 3 ans (environ), d’autres approches consistent à dire que l’enfant émet des signaux à chaque besoin d’émettre une selle ou de l’urine. Aussi certains parents pourront accompagner les enfants à reconnaître ces signaux dès la naissance (sans les forcer), d’autres vont attendre le moment où l’enfant se sent capable d’enlever sa couche et l’encourager. Il y aura sans doute des moments qui nécessitent plus de nettoyage, mais les parents pourront laisser leur enfant expérimenter ces moments en soulignant les “réussites” (“tu as été jusqu’aux toilettes pour faire pipi”).

Les comportements envers les autres

  • Les parents se sentent bien souvent déboussolés par les moments lors desquels leur enfant à des comportements désagréables envers autrui comme par exemple lorsqu’il frappe ou mord. Avant 6 voir 8 ans, un enfant n’est pas capable d’exprimer ce qu’il ressent autrement qu’avec son corps, il peut lui arriver parfois de donner des coups lorsqu’il n’est pas d’accord ou qu’il se sent frustré, ce phénomène fait parti du développement de l’enfant. Néanmoins, ces comportements posent problème pour le fonctionnement avec l’autre, le rôle du parent est donc de l’amener à exprimer différemment son ressenti. En éducation positive, le parent ne va pas insister sur le comportement qui pose problème mais pourra chercher à réparer ce qui a été causé par le comportement de son enfant en lui montrant que c’est possible (consoler l’enfant qui a reçu les coups, intervenir pour protéger). Puis il pourra se centrer sur l’expression du ressenti de son enfant. La reformulation de la situation par le parent, de ce qu’il a vu ou cru comprendre aide beaucoup l’enfant qui ne sait pas toujours mettre de mot sur son ressenti. Une fois que l’enfant se sent écouté et compris, l’adulte peut lui proposer une solution alternative aux coups qui permet à l’enfant de répondre à son besoin tout en respectant autrui.

Des livres, reportages, podcasts, à nous conseiller sur ce sujet ?

Je n’en propose pas beaucoup volontairement afin de ne pas noyer les parents, l’idée est de s’imprégner des valeurs de l’éducation positive et de la compréhension de l’enfant afin de permettre aux parents de se faire une idée.

  • Isabelle Filliozat est un auteur qui est très intéressant pour commencer. Elle aborde des notions simples et insiste sur l’importance de la compréhension des besoins, même si parfois, je trouve qu’elle peut proposer des solutions toutes faites. Elle a écrit de nombreux ouvrages, fait des vidéos youtube, des conférences, etc.
  • Catherine Guéguen est un médecin qui a écrit un livre bien connu des parents: “Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau”. Ce livre permet de commencer à changer son regard sur le fonctionnement de l’enfant.
  • Myla et Jon Kabat-Zin ont écrit un livre qui s’intitule “être parents en pleine conscience”. Cet ouvrage n’est pas étiqueté “éducation positive”, mais il est issu des courants dont la psychologie positive s’inspire.
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